Au fond de ma tasse : lire l’avenir dans le marc de café

Après tant d’années, je peux me définir comme expert ès marc de café.

Pourtant, aujourd’hui, à l’heure où je termine mon café et m’apprête à mettre le marc au compost (vieux réflexe de protecteur de libellules et d’ours blancs sans doute), je vais dévier de la voie qui était la mienne jusqu’alors.

Je sens que ce jour sera différent. Pour tout un tas de raisons. Je vais me refuser à utiliser le marc de café comme :

  • une teinture naturelle (le auburn m’irait bien mais je ne fais pas de teinture) ;
  • un exfoliant pour le visage et le corps (j’en ai fait un hier, ma peau se repose merci) ;
  • un dégraissant (ma cuisine est propre) ;
  • un désinfectant pour le frigo (j’ai dit : ma cuisine est propre) ;
  • un répulsif anti-fourmis (P.R.O.P.R.E) ;
  • un répulsif contre les puces des chiens (j’ai pas de chien, pas de chat et ma cuisine est propre) ;
  • un terreau pour la culture des champignons (ma cuisine restera propre, merci, cordialement).

Pourquoi ? Pourquoi tant de changements dans une vie d’amoureux de Dame Nature comme la mienne ? C’est qu’au fond de moi, une intrigue persiste, qui me nourrit et m’attise depuis longtemps. Une question qui me taraude et me poursuit depuis plusieurs nuits.

Souvenirs. Sofia. Bulgarie, 1992. Non, je plaisante. L’anecdote se passe il y a un an, à Nevers dans le 58. Je terminais ma tournée de visites commerciales dans la Nièvre et, avant de rejoindre l’Ibis de Varennes-Vauzelles, je m’installai dans un troquet de la capitale du Nivernais. Café commandé, je patientais en regardant les gens autour de moi. Une femme capta mon attention [vous avez noté l’emploi du passé simple, ne me remerciez pas ;-)]. D’une quarantaine d’années, elle semblait comme plongée dans sa tasse de café, la scrutait ; elle observait la soucoupe et paraissait psalmodier quelques mots dans son écharpe mauve. Ma tasse arriva. Je la bus et, comme cette femme, je commençai à regarder les figures qu’avait formées le café en se retirant. Regardant le marc, je devinais des carrés, des losanges, des ovales puis imaginais des histoires et des situations ; ici une route qui semblait sillonner dans un vallon escarpé, là un oiseau sur une branche… Ma tasse était froide maintenant. La femme était partie et avait laissé sur sa table une note en papier. Je m’approchai et pu lire : Tomaso Tamponelli, 1750.

Un fois rentré chez moi, une recherche sur Google me permit de savoir que ce Florentin du XVIIIème siècle était l’auteur d’un ouvrage : L’art de la divination par le marc de café. Cet ouvrage est introuvable, c’est presque une légende en vérité. Collin de Plancy, dans son Dictionnaire infernal (1826) en parle un peu. La cafédomancie (vous allez pouvoir épater la galerie avec ce mot) reste une science secrète qui se transmet de manière orale.

Crédits photo : BonVoyage
Crédits photo : BonVoyage

Un an de recherches, de rencontres, de lectures, de comparaisons entre les divinations turques et slaves m’ont permis d’y voir plus clair. Aujourd’hui est le grand jour.

Je verse une cuillerée de café, une de sucre et une tasse d’eau dans une petite cafetière de type turc. Je fais chauffer le mélange jusqu’à ce qu’il mousse et verse le tout dans une tasse. Je bois et place immédiatement après la soucoupe au-dessus. Je retourne le tout et j’attends que le marc soit descendu et qu’il ait refroidi.

La mancie commence à ce moment là. Je soulève la tasse et j’observe. Les livres sont très clairs. Exemples :

  • Un poisson : la richesse
  • Une tombe : la mort
  • Un coeur : l’amour
  • Un serpent : l’ennemi qui guette

Mais, attendez, c’est moi ou je vois vraiment un smiley ?!

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