Boire le thé pour oublier le bruit du monde : la cérémonie du thé

Les Japonais estiment que l’étude de la cérémonie du thé prend toute une vie. Je n’ai pas tout ce temps. J’ai donc lu. Beaucoup. Sans doute trop. Du Maître de thé de Yasushi Inoue à Nuées d’oiseaux blancs de Kawabata Yasunari, je me suis laissé porter à travers les termes, les codes et les normes d’un rite vieux de plus de cinq siècles : le chado. 

En parler revient à pénétrer dans une conscience, une culture. Tous nos thés dépasse le simple cadre de l’art de vivre pour embrasser une dimension philosophique. On y sent l’influence du bouddhisme zen tout comme celle du wabi-sabi, concept esthétique qui prône une sobriété paisible.

Je pourrais vous présenter les contours de ce moment en dehors du temps. De ces différentes composantes. Cette calligraphie accrochée, ces céramiques raku, ces fleurs disposées, ce kimono de type Iromuji… Je pourrai vous décrire de quelle manière ouvrir et fermer correctement les portes coulissantes, comment marcher convenablement sur le tatami, comment entrer et sortir de la salle de thé, comment nettoyer, entreposer les ustensiles et en prendre soin ou encore comment nettoyer convenablement les bols, les boîtes et les écopes.

Ce serait oublier l’essentiel. C’est encore Sen no Rikyu, poète et grand maître du thé du XVIeme siècle qui en parle le mieux :

La voie du thé n’est rien que cela:
tout d’abord tu fais bouillir de l’eau,
ensuite tu fais le thé, et tu le bois.

La cérémonie est un moment, une rencontre au centre duquel le personnage central est le thé.

Crédits photos : phoNGuyen

Le lieu est isolé. Un petite maison à l’abri des regards. La maison de thé ressemble souvent à un ermitage. L’hôte prend place, démarre le feu et écoute le bruissement de l’eau qui s’anime tout en ravivant les braises du foyer. Il dépose la poudre de thé vert – matcha – dans un bol, y verse l’eau chaude et bat le tout à l’aide du chasen, un petit fouet en bambou. Du thé, de l’eau, de la force : se forme alors en surface une écume verte, fine mousse onctueuse. Face à lui, assis sur des tatamis, les invités s’inclinent avant de prendre le récipient. Ils le contemplent. C’est déjà une oeuvre en soi confectionnée par un maître potier. Le breuvage est amer mais une douceur sucrée le tempère. Ici, on privilégie la retenue.

Sans trop comprendre comment, il se dégage de cette cérémonie une grande simplicité. Un raffinement calme et mesuré qui semble prendre sa source dans une profonde humilité. Par la frugalité des mets et la simplicité des lieux, par la transformation progressive du thé, c’est un hymne à la Nature et à sa relation avec l’Homme que célèbre le chado.

C’est aussi une mise en garde sur l’impermanence des choses et du besoin impérieux de se situer pleinement dans l’action au moment où celle-ci se déroule.

Je laisse au Poète le dernier mot :

Bien que de nombreuses personnes boivent du thé, Si tu ne connais pas la voie du thé,
C’est le thé qui te boira.”

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